• SPECIFICITES FRANCAISES

    Éléments considérés

    Le charme de la France est d'être un pays différent des autres.

    Sans être une île, la France est largement ouverte aux mers et à l'océan. Ses chaînes de montagnes sont majestueuses et sa position géographique en Europe est probablement la meilleure. Ce pays aurait donc tout pour attirer les investisseurs étrangers. Mais la France, c'est aussi un pays lourdement administré, encore centralisé avec des administrations qui gèrent toujours des administrés et pas encore des clients. C'est un pays qui impose beaucoup et prélève énormément. C'est un pays dont les habitants ne sont pas mobiles.

    Mais c'est un pays inventif, ingénieux, technologique, ouvert à toutes les idées et à toutes les innovations.

    Inventeur du Minitel, industriel reconnu des télécommunications, notre pays ne sait pourtant pas mondialiser ses compétences. A trop vouloir franco-français, le Minitel n'a jamais dépassé nos frontières. Trop spécifique, notre industrie informatique est morte. Souhaitons que nos télécommunications survivent.

    La France est l'un des pays qui communique le plus sur le télétravail mais c'est aussi l'un des pays qui le développe le moins. La France est l'un des pays les mieux équipés en infrastructures de télécommunications, mais un faible utilisateur d'Internet. Pays de contradictions, c'est la France qui invente le concept des Bureaux de Voisinage (CATRAL), mais c'est aussi la France qui abandonne cette idée alors que ses voisins européens l'adoptent et la développent.

    La position de la France

    En matière de télétravail, notre pays se classe en moyenne inférieure par rapport à ses voisins européens et aux pays comme les USA et le Canada. Cette position correspond d'ailleurs à sa position géographique européenne. Le nord de l'Europe s'est rapidement développé alors qu'en-dessous de la France, le télétravail est encore moins développé que chez nous.

    Pourtant, les expériences et les expérimentations ont été nombreuses.

    La France a pourtant besoin du télétravail, non seulement pour désengorger l'accès aux grandes villes, mais aussi pour ne pas accentuer la pollution et, surtout, pour redonner un équilibre économique et démographique à notre territoire.

    Mais notre pays est encore largement organisé selon les théories héritées de l'époque industrielle.

    Les niveaux hiérarchiques sont encore trop nombreux dans nos grandes entreprises et ralentissent les décisions.

    Le mode de rémunération n'intègre les notions de résultat et de performances que pour les populations commerciales.

    Enfin, il faut encore voir les salariés travailler pour admettre qu'ils travaillent.

    Faute de vrais télécentres, la solution passe actuellement par le télétravail à domicile. Ce n'est pas une solution qui peut avoir la faveur des entreprises. En effet, notre législation considère le domicile comme un lieu privé, inaccessible à l'employeur et aux services de l'emploi. C'est une bonne chose pour le respect des personnes, mais c'est un frein considérable au développement du télétravail salarié.

    Pour palier à ce manque d'infrastructures du télétravail, certaines grandes entreprises développent l'idée des bureaux satellites, qui connaissent un véritable succès.

    L'apparition de tiers lieux comme certains espaces de coworking, ouvrent une nouvelle voie, mais elle ne concerne pour le moment que les indépendants.

    Toutes les enquêtes réalisées auprès des jeunes démontrent que ceux-ci voient les choses autrement. C'est une chance pour le télétravail qui autorise d'imaginer une vie professionnelle davantage en harmonie avec la vie tout court. Et les jeunes veulent vivre et travailler autrement. Mais il faudra, pour assurer un véritable développement du télétravail en France, attendre que ces jeunes soient aux commandes de nos entreprises.

     Analyse prospective

    Sur le plan européen, le télétravail se développe rapidement. Le développement des outils de communication (Internet, téléphonie mobile, fibre optique...) favorise ce développement. Mais il faut aussi y voir les stratégies des autres pays d'Europe, comme la défiscalisation des micro-ordinateurs, l'équipement de certains pays en réseaux à hauts débits et peu coûteux, voire gratuits, une familiarisation dès le plus jeune âge aux nouvelles technologies, une éducation plus poussée sur le respect de l'environnement.

    La nouvelle mais encore trop récente politique française pour rattraper le retard semble évidente et nécessaire. La décentralisation est engagée et c'est bien, car globalement, aujourd'hui, encore 80 % des actifs se concentrent sur seulement 20 % du territoire. Il semble que chacun reconnaisse maintenant qu'il est possible de faire se déplacer le travail vers les gens plutôt que l'inverse.

    Nous voulons croire que les efforts engagés sont irréversibles et qu'aucune éventuelle alternance politique ne freinera cet élan, comme ce fut le cas pour nos télécentres.

    Ce qui est déjà certain, c'est que le développement du télétravail libéral se poursuivra car il répond en tous points aux nouvelles aspirations des Français, autant sur leurs attentes professionnelles que sur leur choix de vie.

    Il nous reste à vouloir le télétravail, à nous y former, à le comprendre et à le maîtriser, à ne plus en avoir peur pour l'imposer.