• Juillet 2014 - 1994 -- 2014 - Vingt ans d'idées, d'espoirs, d'illusions et de victoires.

    20 ans déjà. Comme le temps passe vite dans certaines situations et comme il est lent dans d'autres. C'est un premier paradoxe. Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais en gros, depuis 2001, tout va nettement plus lentement, enfin presque tout.

    Les TGV ne vont pas plus vite, mais compte tenu des incidents de plus en plus fréquents, ils sont finalement plus lents. Les avions semblent aussi ralentir et dans tous les domaines. Plus lents aujourd'hui que le Concorde, plus gros et encombrants que le célèbre 747, ils sont forcément plus lents. Les voitures sont bridées et condamnées à ne jamais s'arrêter faute de place pour stationner.

    Ainsi, à bien y réfléchir, tout ce qui permet de transporter les gens et les marchandises fonctionne de moins en moins vite. Mais à l'opposé, tout ce qui véhicule les données va de plus en plus vite et pour des coûts de moins en moins élevés. Une aubaine pour nous.

    Depuis que le télétravail salarié existe, c'est au salarié de se déplacer vers son lieu de travail. Mais depuis 20 ans maintenant, l'ANDT considère que c'est au travail de se déplacer vers le salarié. Et même vers le salarié où qu'il soit et là où il a envie de vivre.

    Il fallait vraiment que ce soit en 1994 pour que j'ose fonder une association pour développer ce concept. Qu'en dire 20 ans plus tard ?

    D'abord que c'était une idée. Et même une bonne idée. Pourtant, je dois aussi oser avouer 20 ans plus tard que la politique est omniprésente et s'empare de tout. Dans le cas du télétravail, je voudrais que vous vous livriez à un exercice facile. Allez vite sur Google et lancez une recherche sur les études, les enquêtes, les propositions lancées par les gouvernements de gauche et de droite. Vous allez vite obtenir de quoi vous forger votre opinion.

    Indiscutablement, il y a ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas le télétravail. C'est un fait, et c'est un fait avec lequel j'ai appris à vivre, appris à composer, appris aussi à me protéger.

    Oui, de belles idées sont venues à l'ANDT après sa fondation, un bel élan de collaboration pour que les choses bougent et changent.

    De beaux espoirs aussi et, en premier lieu, de voir le télétravail comme une solution vraiment adaptée au retour des accidentés de la vie dans le monde du travail. Pourtant, ce sera le grand échec de la mission que je m'étais confié. Mais je ne renonce pas.

    Un autre était de faire en sorte que le télétravail soit un levier efficace pour mieux gérer les temps de vie et, via ce levier, faire en sorte de diminuer les inégalités entre les femmes et les hommes. Cet objectif commence à fonctionner. Pourtant, au moment d'un rapprochement récent avec une fondation qui me semblait mieux armée pour avancer dans ce sens, j'ai compris hélas que la politique ne lâche jamais rien et que j'allais devoir avaler d'énormes couleuvres. Pardonnez-moi Mesdames, mais je vois vos avenirs professionnels dans les entreprises autrement que régis par des lois et des règlements assortis de dispositifs financiers coercitifs. Je n'ai donc pas accepté et je reste naturellement disposé à m'en expliquer à qui voudrait savoir pourquoi.

    Mes convictions ne sont pas négociables. En vingt ans, j'ai croisé pas mal de ministres. Ils ne font que passer alors que nous restons. Aucun ministre ne l'a été 20 ans. Aucun président de la république non plus.

    Idées, espoirs, illusions, mais victoires aussi.

    19 ans pour que le télétravail finisse par entrer dans le code du travail. Ce n'est pas rien, mais c'est fait et c'est une victoire. C'est juste un principe qui fait qu'une idée peut un jour se transformer en loi. C'est lent, mais c'est magnifique.

    Et maintenant ?

    C'est vrai que 20 ans à la tête d'une structure comme l'ANDT, ça use.

    Refuser toute aide, toute subvention pour pouvoir continuer de parler et d'écrire librement, ce n'est franchement pas facile. Chaque jour ou presque, je rencontre des présidents d'associations heureux qui, chaque année, perçoivent de belles subventions, travaillent dans de beaux locaux dans de beaux quartiers, éditent de belles brochures, voyagent à la rencontre de partenaires (des pays les plus lointains si possible), organisent des rencontres (souvent au soleil et l'hiver), participent à toutes sortes de congrès. Ils ne me comprennent pas.

    Le prix de la liberté existe. C'est juste celui que je me suis fixé.

    Alors, c'est vrai que poursuivre n'est pas facile.

    La France de 2014 n'a plus sa propre monnaie mais celle de l'Europe. Notre politique industrielle n'existe pratiquement plus. L'industrie est allemande ou n'est plus. Nos budgets sont soumis à Bruxelles. Nos frontières sont volontairement poreuses. Nos règles de droit perdent leur nationalité. C'est ainsi, c'est l'Europe, et maintenant, il faut poursuivre.

    Mais ce n'est pas si grave. Ce qui l'est, c'est notre façon actuelle de vouloir briser tout ce qui fonctionne. A commencer par ceux qui font le choix de se lever le matin pour aller travailler plutôt que d'attendre le virement mensuel. L'hyper protection à laquelle nous sommes arrivés (et son budget) plombe l'activité. Pourquoi encore travailler ? Mais en 2014, alors que le premier employeur français reste (et depuis longtemps) l'artisanat, nos politiques, qui ne savent rien de l'entreprise, rivalisent d'imagination pour les étrangler économiquement. Jusqu'au statut de l'auto-entrepreneur qui est visé. Et que penser de celui du portage salarial, vidé de son sens pour en faire un statut déjà existant depuis des décennies : celui des sociétés de services ?

    Nous marchons sur la tête. Alors, les Français attendent, partagés entre colère et résignation comme le dit si bien Guillaume Roquette.

    Mais heureusement, je vois de plus en plus souvent se signer des accords d'entreprises pour la mise en place du télétravail. Oracle France a ouvert la grande porte du télétravail permanent (100 % du temps) comme celui du télétravail à durée déterminée. C'est une femme qui dirige la DRH. Elle est jeune, brillante, elle avance et se préoccupe peu du passé. D'autres entreprises lui emboitent le pas. Je les en félicite.

    Reste le grand problème des télécentres. Que ceux qui en sont les fossoyeurs se regardent dans leur miroir. Mais je sais, pour les connaître, qu'ils le font chaque jour sans se poser la moindre question.

    Je crois personnellement que nous allons vivre une grande seconde séquence du télétravail. Il ne sera plus seulement pendulaire, ni étroitement surveillé. Je crois que la question de savoir comment travaillent les gens ne se posera plus. On cherchera seulement à savoir ce qu'ils produisent. On ne pourra plus savoir ce qu'est un lieu de travail car il sera là où se trouve le micro-ordinateur, c'est-à-dire partout.

    Alors, oui, je veux voir ça et je vais donc rester encore un peu.

    Les jeunes arrivent maintenant avec des idées de leur époque. Ils ne regardent pas dans le rétroviseur, ils avancent. En cas d'échec, ils recommencent jusqu'à réussir. La peur de se tromper (première condition à l'immobilisme) n'existe pas chez eux.

    Alors, trompons-nous, trompez-vous mais ne vous laissez pas tromper par les autres.

    Gérard VALLET

    Président fondateur de l'ANDT


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