• 2015 année du bonheur ?

    31 décembre 2014 - Comme chaque année depuis vingt ans maintenant, je rédige un petit billet que j’adresse à toutes les personnes qui accordent un peu d’intérêt au télétravail, ma passion.
    Mais ce soir, je sais que dans quelques instants notre président va lui aussi présenter ses vœux y compris à ceux qui ne lui accordent aucun intérêt. Élu avec un petit 51% mais avec un énorme taux d’abstention, c’est comme s’il avait été élu avec seulement 25% des voix des français.
    Au moins sur ce point je fais mieux que lui. Sur ce point seulement parce que sur les autres, autant ne pas en parler.
    Et c’est ça mon problème du soir. Que souhaiter à tous ces gens qui ne font que subir une situation qui devait être nettement meilleure. Que dire à tous ces chômeurs qui croyaient le jour du vote que la courbe du chômage allait s’inverser. Chacun voudrait aujourd’hui fuir ce présent trop difficile à vivre. Mais ne faut-il pas réviser un moment nos anciens cours de philo ? Le bonheur, c’est quoi ?
    La seule définition possible est intemporelle. Le bonheur est dans l’espérance ou dans la nostalgie. Le retour en arrière ou la projection en avant semblent être les deux voies d’accès au bonheur.
    Qui est tenté aujourd’hui de dire « c’était mieux avant » ? Beaucoup de monde sans doute. Mais le volume est encore plus important chez ceux qui pensent qu’il est dans l’espérance. Ne dit-on pas que l’espoir fait vivre ? Pourtant cette notion du bonheur (le contraire du malheur ...) est discutée depuis bien longtemps et n’a jamais cessée de l’être. Je ne résiste donc pas à vous livrer un passage de mes lectures en cours.

    L’homme n’est pas heureux. Les jours présents sont dans le souci – dans le meilleur des cas – souvent dans le malheur. Untel peut-être heureux, mais c’est l’exception. Les hommes, en général, ne le sont pas. Comment savent-ils qu’ils ne le sont pas ? Pour savoir qu’on est malheureux, il faut avoir une idée du bonheur et celle-ci se trouve dans les récits des temps anciens.
    L’âge d’or, dans la mythologie gréco-latine est le premier temps des hommes, le temps heureux par excellence. Voici comme Ovide le décrit :

    " ... Alors les hommes gardaient volontairement la justice et suivaient la vertu sans effort. Ils ne connaissaient ni la crainte, ni les supplices ; des lois menaçantes n'étaient point gravées sur des tables d'airain ; on ne voyait pas des coupables tremblants redouter les regards de leurs juges, et la sûreté commune être l'ouvrage des magistrats. Les pins abattus sur les montagnes n'étaient pas encore descendus sur l’océan pour visiter des plages inconnues. Les mortels ne connaissaient d'autres rivages que ceux qui les avaient vus naître. Les cités n'étaient défendues ni par des fossés profonds ni par des remparts. On ignorait et la trompette guerrière et l'airain courbé du clairon. On ne portait ni casque, ni épée ; et ce n'étaient pas les soldats et les armes qui assuraient le repos des nations. La terre, sans être sollicitée par le fer, ouvrait son sein, et, fertile sans culture, produisait tout d'elle-même. L'homme, satisfait des aliments que la nature lui offrait sans effort, cueillait les fruits de l'arbousier et du cornouiller, la fraise des montagnes, la mûre sauvage qui croît sur la ronce épineuse, et le gland qui tombait de l'arbre de Jupiter. C'était alors le règne d'un printemps éternel. Les doux zéphyrs, de leurs tièdes haleines, animaient les fleurs écloses sans semence. La terre, sans le secours de la charrue, produisait d'elle-même d'abondantes moissons. Dans les campagnes s'épanchaient des fontaines de lait, des fleuves de nectar ; et de l'écorce des chênes, le miel distillait en bienfaisante rosée". (Ovide, Métamorphoses, livre I, 90-112).

    Harmonie de l’homme et de la nature, d’une nature généreuse qui dispense du travail ; harmonie de l’homme avec lui-même – il n’y a pas de guerre et nul besoin de se défendre : nous avons là les conditions essentielles de la vie heureuse, telle qu’on la pense communément. Mais ce bonheur est derrière-nous, il est propre à la jeunesse du monde. Car l’âge d’or va céder la place à l’âge d’argent, celui de la domination de Jupiter (ou de Zeus). Il est le créateur du temps : à l’éternel printemps, vont succéder les quatre saisons, où l’homme va devoir se protéger du froid ou des chaleurs de l’été, où il lui faudra travailler pour se nourrir. Puis vient l’âge d’airain où la guerre s’empare du cœur des hommes. Et c’est enfin l’âge de fer, celui où « Tous les crimes se répandirent avec lui sur la terre. La pudeur, la vérité, la bonne foi disparurent. »

    Alors, vers quel bonheur faut-il aller puisque notre présent ne correspond plus à nos attentes ?
    On ne peut s’évader du présent qu’en tentant, par la pensée, de se mettre en dehors du cours du monde, qu’en fuyant, autant que possible, la prison du « ici et maintenant », une attitude propice à l’idéalisme philosophique. Au contraire, l’espérance du bonheur à venir est souvent un moyen de faire accepter les maux du présent. C’est sans doute sur ces réflexions que notre président présentera ce soir ses vœux au bon peuple de France.

    Pour ma part et pour ma modeste passion qu’est le télétravail, je ne vous souhaite pas de subir avec le mince espoir de pouvoir ensuite vous redresser un jour. Le télétravail existe, n’en déplaise à ses rares détracteurs. Il y a une vingtaine d’années, je passais pour un utopiste et le télétravail pour une utopie. Mais quel est le sens de ce terme sinon la description d'une société idéale. Et si Platon s’est un peu planté (facile je vous l’accorde) c’est que l’idéal est sans doute un peu compliqué à construire. Mais UTOPIE a un sens plus moderne.
    Le télétravail, nouvelle forme d’organisation du travail, est aussi, c’est vrai un projet de société.
    J’y voyais, et j’y vois toujours une nouvelle société qui s’est émancipée des contraintes de temps et de lieux. Mais pour les tayloristes et les arriérés du XXe siècle qui me disaient : « on est là ou on n’est pas là » le télétravail était et est encore une utopie, une chose qui n’existera jamais.


    2015 – 17% de la population active télétravaille.
    Alors, ce soir j’ai envie de vous dire merci. Merci d’y avoir cru, merci de m’avoir cru.
    A très bientôt, en 2015. D’ici là, croyez en vous en vos idées, en vos projets, en vos valeurs, ce sont mes vœux.
    Gérard VALLET
    Président

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